Le Blog Théologie Orthodoxe par Frédéric Tavernier Vellas

Introduction à la théologie mystique orthodoxe et à la liturgie et musique byzantines

Publié le par Frédéric Tavernier Vellas
Publié dans : #theologie orthodoxe

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Chanter à l'église peut nous sembler une chose toute naturelle. Aujourd'hui, beaucoup s'imaginent qu'il suffirait d'avoir quelques notions de chant, d'avoir un joli timbre dans la voix, pour pouvoir chanter pendant les offices liturgiques à l'église. Nous avons oublié que le chant ecclésiastique est un ministère. Un ministère est une vocation, un appel à porter la prière de l'Eglise. Un ministère, pour être accompli de manière fructueuse et digne, réclame une longue et profonde préparation.

La première chose, la plus importante, est que le chantre consacre sa voix et donc sa personne à Dieu. Cette consécration s'accomplit au baptême mais elle doit être toujours actuelle dans l'intention qui porte notre vie humaine et chrétienne. Le chantre doit se souvenir sans cesse qu'il appartient à Dieu. Il le sert en chantant pendant les offices et spécialement la Sainte et Divine Liturgie. Un service doit être accompli avec pauvreté et amour. Ce sont les qualités essentielles du serviteur. Il doit être accompli aussi avec grâce et compétence de la manière la plus parfaite possible.

Le bon serviteur ne travaille pas de manière négligeante ou distraite. Il agit en ayant le souci de réaliser ce qui lui est commandé avec une grande fidélité à l'intention de celui qui lui a confié cette charge. C'est le Christ qui appelle. C'est normalement l'évêque, qui est l'instrument du Christ pour la garde de son troupeau, qui confirme le psalte dans son ministère. La voix du chantre doit devenir un instrument au service de la Parole de Dieu. Avant de chanter les offices, le chantre doit demander à l'Esprit-Saint d'être là pour inspirer sa récitation des textes saints.

Dans le Principe était le Verbe

Le chantre reçoit en premier lieu la Parole divine en laquelle et par laquelle le Verbe se dit aux hommes. Il faut donc qu'il accueille cette Parole divine avec amour, avec foi, avec cette conviction profonde qu'elle lui est donnée personnellement comme la Parole de Vérité qui vient du Père. Il doit aimer cette Parole divine et s'en nourrir sans cesse. Elle est l'enseignement du Père pour nous. Aimer la Parole de Dieu permet de s'en nourrir.

Les textes sacrés, divinement inspirés, nous sont donnés, transmis dans cette grande Tradition des saints qui en ont vécu et nous ont aidés à la recevoir. Il faut que cette Parole pénètre au plus intime du coeur du chantre. Il faut que le chantre la garde non seulement dans sa mémoire mais comme Marie la gardait dans une méditation constante toute tendue vers la contemplation.

Une proclamation publique

La proclamation publique des textes sacrés est la base la plus essentielle de la formation des chantres. Au commencement le chantre devrait commencer par apprendre à réciter les psaumes, les actes des apôtres, les épîtres et les évangiles. C'est ce que j'appelle la récitation "ekphonétique".

Dans l'Eglise Orthodoxe, nous la pratiquons encore avec, bien sûr, une plus ou moins grande perfection selon les chantres. L'ekphonèse est une récitation publique, à voix haute, par opposition à tout ce qui dans la liturgie est dit dans le secret (mystikos). Le prêtre, en effet, récite des prières secrètes qui sont destinées à le faire entrer de plus en plus profondément dans l'acte liturgique propre qui lui est confié comme un ministère. Le prêtre est tout orienté vers le mystère de l'Agneau qui s'offre au Père éternellement. Le sacerdoce est lui aussi un ministère bien différent de celui du chantre ou de celui du diacre.

Le prêtre agit comme instrument vivant de l'Unique Grand-Prêtre éternel, le Christ, pour que le Sacrifice soit rendu présent dans chaque lieu où des fidèles se réunissent pour vivre le mystère de la mort et de la résurrection du Fils Bien-Aimé du Père.

Une réthorique sacrée

La récitation ekphonétique, source du chant ecclésiastique, n'est pas une simple lecture et elle n'est pas un chant. Elle est une rhétorique particulière qui revêt la récitation des textes sacrés d'un parement liturgique adapté. Elle est tout entière au service de la mise en présence de la Sagesse divine de manière vivante. Lorsque la Parole de Dieu va être lue, après l'entrée solennelle de l'Evangéliaire, le diacre annonce : " La Sagesse, tenons-nous debout !" "La Sagesse, soyons attentifs" etc. C'est la Sagesse en personne que nous allons écouter. Le chantre qui récite l'apôtre (Actes des apôtres ou épîtres) puis le Diacre qui récite l'Evangile comprennent qu'ils doivent prêter leurs voix à la Sagesse. Un tel ministère est grand et redoutable. Car il ne faut pas qu'au lieu de servir la Sagesse, le chantre lui fasse écran. 

Un Savoir-faire transmis par la Tradition

La récitation des textes sacrés réclame un véritable savoir-faire que le chantre reçoit de la Tradition la plus ancienne de l'Eglise. Ce savoir-faire s'acquiert. De même qu'il ne suffit d'acheter des pinceaux, des pigments et des planches de bois pour peindre des icônes. De même, il ne suffit pas de se trouver face à un texte de l'apôtre ou de l'Evangéliaire pour le restituer de manière icônique et vivante par le chant. La récitation comprend tout un savoir faire qui est d'ordre artistique et qui met en valeur la Parole divine. Il y a une part humaine qui est non négligeable et qui est ignorée de la plupart : c'est la part artistique.

Il faut apprendre à réciter le texte. Là, nous trouvons la part sonore produite par l'utilisation des consonnes et des voyelles, les accents toniques des mots (lorsqu'ils existent), les longues et les brèves, l'articulation des phrases et la ponctuation qui permettent de mieux comprendre le sens de ce qui est dit. Il faut encore que le chantre sache retrouver au plus intime de lui-même les sensations, les passions, les atmosphères qui se dégagent du sens du texte.

 

Ce qu'il faut absolument éviter est une mauvaise théâtralisation de la lecture. Le récitant donne alors des accents passsionnels au texte qui ne sont pas en harmonie avec l'intention de l'Auteur principal, c'est à dire l'Esprit-Saint. Une autre erreur serait de vouloir demeurer dans une sorte de neutralité impersonnelle qui n'est rien moins qu'une récitation tiède. L'acte de la récitation réclame un engagement de toute la personne. Le chantre doit se rappeler ceci :

"Ce qui était depuis le commencement,ce que nous avons entendu,ce que nous avons contemplé de nos yeux,ce que nous avons vu et que nos mains ont touché,c'est le Verbe, la Parole de la vie."

Le chantre, par la récitation des textes saints agit en qualité de témoin. Il récite ce qu'il a entendu, contemplé, vu et touché. La récitation des textes sacrés réclame l'expérience des mystères annoncés. Car il s'agit bien d'une annonce. Le chantre annonce la bonne nouvelle qui nous a été révélée dans le Christ.

 


 

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